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Biographie d'un écrivain également peintre dont la méconnaissance est une injustice

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3 - 1967, suite.

     Laisser ce métier bizarre, c’est ce qu’a toujours systématiquement fait Brémond. Ce qui lui vaut sans doute de rester si peu connu de ceux qui aiment la peinture… Qui aiment par conséquent la beauté ; beauté des choses, des objets, des paysages et des visages, des corps et des âmes, de la bonté et de la santé puisque la beauté est la plénitude de la santé. Santé physique et santé morale. Pour les Grecs la beauté était l’expression même de l’intelligence, de la raison et du langage. Tous les langages, puisque de nature humaine, expriment la maîtrise de soi : de l’architecture à la tragédie, de la sculpture à la politique, de l’agriculture à la philosophie et à la vertu, qui est toute la beauté de l’homme ; beauté utile qui donne du plaisir. Car si la vertu n’est pas un plaisir elle est un vice, une démesure, quelque chose de barbare, contraire à l’harmonie, à l’ordre, à l’ornement, à l’univers.

      Voilà des hommes qui seraient heureux de s’asseoir devant une peinture de Brémond. Sans faire des ronds de bouche ni de phrases, sans chichis ni discourir. Ce n’est du reste pas très poli de parler alors que le silence donne à qui le regarde la science de l’amour. Parler (même en chuchotant et en mettant la main devant sa bouche) devant une peinture équivaut à parler de la pluie et du beau temps (au mieux) en lisant un poème, ou à se moucher, se racler la gorge, tousser, en écoutant un Trio de Brahms ou de Milhaud. Bref, la politesse élémentaire consiste à respecter le silence du peintre : sa peinture.  Les salles d’exposition sont hélas bien plus souvent des salles de brouhaha que d’admiration, de même qu’une salle de concert se termine toujours par des tapements, des claquements, des hurlements… Il est vraiment curieux que l’homme n’ait rien trouvé de mieux, depuis tant de millénaires, pour manifester son contentement, son enthousiasme, que de faire du bruit en tapant ses deux pattes de devant l’une contre l’autre – quand il ne tape pas des pieds ! On est aux antipodes de la beauté : on est dans la vulgarité.

      La preuve est faite depuis longtemps : il est difficile d’être beau. Non pas de le faire ! Le faire est trop facile. Mais bien de l’être. Un être qui est quasiment dix fois sur dix le contraire agressif et exhibitionniste de l’avoir. Ce disant, on ne quitte pas du tout Brémond. N’écrivait-il pas justement, à propos d’équité sociale (l’avoir, et son double le dû), dans un livre lucide, qui d’ailleurs a tellement déplu, qu’il est dorénavant introuvable : « On paie le salaire en argent, le salaire de la peine et sa sueur. Laquelle est salée. Une suée provoquée par le travail, un sel sorti de l’homme par la blessure que cette torture lui inflige – et que le sel du salaire est censé cautériser… Un salaire qualifié par le maître d’abstergent (qui nettoie les plaies), lequel employeur en saupoudre alors l’employé, le salarié. Littéralement salarié, si l’on veut bien se souvenir que le verbe saupoudrer veut dire : poudrer de sel (sau). Il n’y a décidément que le supérieur, le p.-d. g (ou pédégé), pour faire des miracles en parvenant à se saupoudrer de sucre, à se sucrer ! »

      L’amoureux d’une peinture, d’une œuvre en général, s’identifie à celle-ci, comme dans l’amour d’une femme et d’un homme. Une identification qui contient la réciprocité. Or s’identifier à un chef-d’œuvre – un quatuor, une femme, un paysage, etc. – sous-entend nécessairement son préalable, le respect du principe d’équivalence : être soi-même un chef-d’œuvre. On l’a dit : il est difficile d’être beau. C’est pourtant, dans toutes les extensions des sens physique, moral, affectif ou intellectuel, le travail. La seule gratuité qui paie sans compter et toujours à l’avance. Car la vie est courte, et il arrive souvent que l’on meurt avant d’avoir achevé le travail… Le poète René Guy Cadou écrit avec beaucoup de justesse : « Il arrive parfois qu’une plante, dans un sursaut de vigueur, fasse éclater le vase. Tout le dommage est pour le vase. Mettez-la en pleine terre, elle continue son voyage »…

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